Une fleur à l'eau bout du monde.
J’avais à peine huit ans que déjà je laissais mes empreintes dans une quatrième maison. Il y avait longtemps que je ne me cachais plus sous les jupes de ma mère. De toute façon, même si j’avais voulu, je n’aurais pas pu. Ses jupes étaient toujours dans des valises qu’elle traînait avec elle en même temps que la douleur d’avoir perdu son mari à la guerre. Je ne l’ai jamais connu mon père. Ni dans la première maison ni dans celle-ci. J’ai vu des photos mais il paraît qu’en personne il était beaucoup plus souriant. C’est un père absent qui a laissé un trou dans ma vie. Ma mère disait toujours que ses valises étaient trop lourdes parce qu’il la suivait peu importe où nous allions. On venait d’arriver dans le quartier. Un autre. Chaque fois la même histoire, je n’avais pas le temps de laisser les gens s’accrocher à moi. Je n’ai jamais eu d’amis et je ne pense pas en avoir de si tôt. Une fois, j’ai failli tisser des liens avec quelqu’un mais le déménagement a fait une maille grosse comme la terre dans notre amitié. Elle s’appelait Sophie. Aujourd’hui elle doit encore porter le même nom mais je ne sais pas, je ne l’ai jamais revue.
C’est ma première journée à l’école, à user mon pantalon sur une chaise de bois en attendant que ma mère décide de partir. Je ne sais pas combien de temps je vais rester alors je préfère ne pas me faire d’amis pour les blesser. Je préfère ne laisser personne s’attacher à moi parce que après, les gens quand ils sont accrochés, ils ne veulent plus lâcher prise et doivent avoir de la peine. J’aime pas ça faire de la peine aux gens surtout quand je fais rien. Rien que m’en aller pour suivre celle qui m’a décroché de son ventre.
Boris est venue me voir ce midi à l’école. Je ne le connaissais pas et lui non plus mais il m’a donné une fleur qu’il avait cueillie juste pour moi. C’est ce qu’il m’a dit Boris. J’étais contente de recevoir une fleur mais en même temps triste parce qu’il l’avait arraché à la terre pour s’accrocher à moi. Je ne savais pas quoi lui dire alors j’ai rien dit et j’ai pris la fleur. Une marguerite qu’il m’a dit. Il était bien Boris alors on a passé la récréation du midi à parler et il a même essayé de me tenir la main avec la sienne. J’ai refusé et ça l’a touché. C’est pas ma faute mais si je lui avais pris la main, il ne m’aurait jamais laissé partir quand ma mère allait en avoir marre d’être ici. Il était accro Boris, je l’ai vu dans ses yeux qui ne pouvaient pas s’empêcher de me regarder avec leur sourire couleur iris. J’ai pris la marguerite et je l’ai emmené chez moi. Ma mère m’a donné un vase pour que je la mette dedans, pour lui faire une maison parce que sinon elle allait peut-être partir.
Le lendemain, quand je me suis réveillée, j’ai vu la fleur dans le vase sur ma table de chevet. Elle était encore là mais elle ne respirait plus. Elle sentait plus rien non plus, comme si l’odeur avait refusé d’être emprisonnée dans un vase. Elle était morte ma marguerite. Je n’aurais pas du mettre cette fleur dans l’eau de rose.
Je suis allé à l’école pour le dire à Boris que ma marguerite n’avait pas aimé l’eau de rose mais il n’était pas là. Madame la professeur nous a alors avertie que Boris ne reviendrait plus à l’école. Sa mère avait décidé de déménager parce que son mari était parti ailleurs, juste pour voir. J’ai éclaté en sanglot comme un bébé même si je n’en suis plus un. Je ne sais pas si Boris est parti chercher son père ailleurs mais j’ai eu envie d’aller le rejoindre juste pour lui dire qu’il ne faut pas s’attacher aux gens, parce que ça rend triste. A la récréation, j’étais seule, Boris n’était pas là. Je suis allé cueillir une fleur, une marguerite pareille comme l’autre. Sûrement sa sœur. Je l’ai mise dans un pot de plastique et j’ai mis de l’eau pour pas qu’elle pleure d’avoir été enlevé à la terre. A la fin des classes, je l’ai ramené chez moi pour la montrer à ma mère. Elle avait l’air contente ma mère, plus que d’habitude. Elle s’était trouvé un emploi et elle avait rencontré un homme qui avait un garçon de mon âge. J’étais heureuse pour elle. Elle m’a dit qu’on resterait ici peut-être pour toujours.
Le lendemain, ma marguerite n’avait pas réussi à survivre pendant la nuit. Elle était allée rejoindre sa sœur. Peut-être qu’elle n’aimait pas l’eau-de-vie cette marguerite. Je l’ai placé dans un cahier, entre deux pages lourdes de mots. Elle semblait bien, elle ne bougeait pas. J’ai fermé le livre et je suis allé à l’école. Quand je suis arrivé dans la cour, quelqu’un avait arraché toutes les fleurs. Sûrement pour pas qu’on s’y attache et qu’on pleure. Les autres enfants étaient tristes mais pas moi. Il m’en restait une. J’ai décidé de l’appeler Boris et de la laisser dormir dans son livre.
C’est ma première journée à l’école, à user mon pantalon sur une chaise de bois en attendant que ma mère décide de partir. Je ne sais pas combien de temps je vais rester alors je préfère ne pas me faire d’amis pour les blesser. Je préfère ne laisser personne s’attacher à moi parce que après, les gens quand ils sont accrochés, ils ne veulent plus lâcher prise et doivent avoir de la peine. J’aime pas ça faire de la peine aux gens surtout quand je fais rien. Rien que m’en aller pour suivre celle qui m’a décroché de son ventre.
Boris est venue me voir ce midi à l’école. Je ne le connaissais pas et lui non plus mais il m’a donné une fleur qu’il avait cueillie juste pour moi. C’est ce qu’il m’a dit Boris. J’étais contente de recevoir une fleur mais en même temps triste parce qu’il l’avait arraché à la terre pour s’accrocher à moi. Je ne savais pas quoi lui dire alors j’ai rien dit et j’ai pris la fleur. Une marguerite qu’il m’a dit. Il était bien Boris alors on a passé la récréation du midi à parler et il a même essayé de me tenir la main avec la sienne. J’ai refusé et ça l’a touché. C’est pas ma faute mais si je lui avais pris la main, il ne m’aurait jamais laissé partir quand ma mère allait en avoir marre d’être ici. Il était accro Boris, je l’ai vu dans ses yeux qui ne pouvaient pas s’empêcher de me regarder avec leur sourire couleur iris. J’ai pris la marguerite et je l’ai emmené chez moi. Ma mère m’a donné un vase pour que je la mette dedans, pour lui faire une maison parce que sinon elle allait peut-être partir.
Le lendemain, quand je me suis réveillée, j’ai vu la fleur dans le vase sur ma table de chevet. Elle était encore là mais elle ne respirait plus. Elle sentait plus rien non plus, comme si l’odeur avait refusé d’être emprisonnée dans un vase. Elle était morte ma marguerite. Je n’aurais pas du mettre cette fleur dans l’eau de rose.
Je suis allé à l’école pour le dire à Boris que ma marguerite n’avait pas aimé l’eau de rose mais il n’était pas là. Madame la professeur nous a alors avertie que Boris ne reviendrait plus à l’école. Sa mère avait décidé de déménager parce que son mari était parti ailleurs, juste pour voir. J’ai éclaté en sanglot comme un bébé même si je n’en suis plus un. Je ne sais pas si Boris est parti chercher son père ailleurs mais j’ai eu envie d’aller le rejoindre juste pour lui dire qu’il ne faut pas s’attacher aux gens, parce que ça rend triste. A la récréation, j’étais seule, Boris n’était pas là. Je suis allé cueillir une fleur, une marguerite pareille comme l’autre. Sûrement sa sœur. Je l’ai mise dans un pot de plastique et j’ai mis de l’eau pour pas qu’elle pleure d’avoir été enlevé à la terre. A la fin des classes, je l’ai ramené chez moi pour la montrer à ma mère. Elle avait l’air contente ma mère, plus que d’habitude. Elle s’était trouvé un emploi et elle avait rencontré un homme qui avait un garçon de mon âge. J’étais heureuse pour elle. Elle m’a dit qu’on resterait ici peut-être pour toujours.
Le lendemain, ma marguerite n’avait pas réussi à survivre pendant la nuit. Elle était allée rejoindre sa sœur. Peut-être qu’elle n’aimait pas l’eau-de-vie cette marguerite. Je l’ai placé dans un cahier, entre deux pages lourdes de mots. Elle semblait bien, elle ne bougeait pas. J’ai fermé le livre et je suis allé à l’école. Quand je suis arrivé dans la cour, quelqu’un avait arraché toutes les fleurs. Sûrement pour pas qu’on s’y attache et qu’on pleure. Les autres enfants étaient tristes mais pas moi. Il m’en restait une. J’ai décidé de l’appeler Boris et de la laisser dormir dans son livre.


5 Comments:
Tes derniers textes, ça troue l'cul mon joli ! Super touchant ! Même pour un vieux chialeux comme moi !
presqu'un texte à l'eau de rose ;) ..mais t'es sûr que la petite s'appelait pas Javelle?..il me semble que je la connais ton histoire..une petite fille pure comme de l'eau de roche trempée dans l'eau bénite..ça y ressemble comme deux gouttes d'eau!
je viens de le relire. vraiment bon celui ci ALex
Je n'avais pas terminé le premier paragraphe que j'étais émue.
Cette manière de raconter comme si tu étais la petite fille, avec des mots qui ne sonnent pas trop adulte.
Super histoire.
C'est VRAIMENT touchant!
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