11.5.05

Les contraires s'attirent....

Quand j’étais petite et que je portais la couche aux fesses, pas celle que ma maman me mettait après que j’aie eu fait plein ma culotte mais plutôt la, ou devrais-je dire les, couches que mon papa me filait quand je désobéissais, je n’avais pas d’amis. J’étais bien seule dans ce monde de grands et je ne comprenais pas pourquoi mon père, quand il rentrait tard le soir avec une haleine qu’il gardait jusqu’au petit matin, me giflait de la sorte. Fais pas-ci, touche pas à ça, et paf! Marche droit comme un garçon, arrête de rêver, et repaf! J’en ai reçu des corrections. Tellement que je n’avais pas assez de doigts pour les compter et même si j’avais eu des amis, eux non plus n’auraient pas eu assez de doigts pour garder registre de ces mornifles. A l’école, c’était la même chose. Chaque fois que le professeur, monsieur comme il fallait que nous l’appelions, n’était pas de bonne humeur, j’en prenais pour mon rhume. Pas étonnant que j’étais toujours alité avec des ecchymoses plein les bras. Tellement que je ne savais plus quoi en faire. J’aurais eue des amis que même une vie n’aurais pas suffit à leur les rendrent. Une fois, Michel, celui qui fait du bricolage avec du carton jaune, toujours cette couleur, sans doute parce que les bleus qu’il porte, combinés avec le jaune du carton, donne vert, vert comme espoir, il m’a parlé. Il m’a demandé pourquoi je portais des marques sur les bras comme ça. Je lui ai menti en lui répondant que mon papa il m’élevait au meilleur de ses connaissances mais étant donné qu’il n’était pas allé à l’école bien longtemps, il préférait les travaux manuels. Lui, Michel, sa peau n’était pas bleue pour les mêmes raisons que moi. Il m’a expliqué que chaque jour qu’il passait sur terre il se rapprochait de la mort, que chaque fois qu’il posait le pied devant lui, c’en était un de moins avant de rejoindre le ciel. C’était pour ça que ses bras bleuissaient, pour qu’il s’habitue à mourir en prenant la couleur du toit au-dessus de nos têtes. Un jour, Michel n’était pas à l’école. Je pensai alors qu’il avait fait le grand saut, le pas de trop, et qu’il avait posé ses pieds sur les nuages. Mais une semaine plus tard, il est revenu. Il était brun comme du bois parce qu’il revenait de voyage. Je lui ai demandé si où est-ce qu’il était allé le ciel était brun et il m’a dit que non, là-bas aussi il était bleu. Il était devenu brun parce que ses bras, et tout son corps, prenaient la couleur de la terre, qu’il sentait ses membres s’attacher à sa vie. J’étais triste pour lui parce que je savais que depuis longtemps il rêvait de partir vers le haut mais j’étais contente en même temps parce que je savais qu’il ne mourrait jamais. Je pourrais alors l’aimer toute ma vie, enfin ce qu’il en reste, parce que plus ça allait, plus mes bras s’approchaient du ciel. Les contraires s’attirent comme disent les grands. Je pense qu’on s’est attiré moi et Michel parce qu’un jour je lui ai donné un bec sur la joue et sa peau est devenue toute rouge; je savais alors qu’il était proche de mon cœur.

1 Comments:

Blogger Galad said...

Joli, Alex, très joli :o)

7:23 PM  

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